Six opéras en gestation à découvrir en un concert! C’est le vaste défi relevé par Chants Libres lors de la 6e édition d’Oper’Actuel – Works in progress 2019 les 16 et 17 mars au Gesù.

Ce rendez-vous gratuit initié depuis 1998 par Pauline Vaillancourt, fondatrice et directrice artistique de Chants Libres permet au public de découvrir et apprécier six extraits d’opéras en cours d’écriture. « Pour les créateurs, compositeurs comme librettistes, Oper’Actuel est une formidable opportunité de présenter leurs projets d’opéras dans un cadre professionnel et public », explique Marie-Annick Béliveau qui, pour la première fois, supervise cette 6e édition d’Oper’Actuel.

« Ils peuvent ainsi apprécier autant la pertinence de l’œuvre, sa composition et son propos, que la réaction du public. L’émotion du public renvoie un message, un questionnement parfois confrontant au créateur : est-ce la bonne approche artistique? Que peut-il, que faut-il changer, améliorer, ajuster? Chacun se dit j’ai beau l’avoir répété, tant que je n’ai pas la réaction du public… »

Un banc d’essai de haut niveau

« Je me rends compte que les compositeurs ont peu de réticences à adapter leurs créations aux conditions techniques, certains en termes d’instruments, d’autres en termes de voix », poursuit Marie-Annick. « On parle bien d’œuvres en gestation. Même si ce sont des extraits, des esquisses, des essais, pour tous, Oper’Actuel est un formidable banc d’essai offert par Chants Libres pour avoir la réponse du public, savoir quel passage marche le mieux ou pas… »

Cette expérience est précieuse autant pour les compositeurs que les jeunes chanteurs. Lors de la mise en place pour Oper’Actuel, les indications créatives peuvent alors se négocier entre le compositeur et l’interprète. « En plus du contexte professionnel, ils ont l’immense satisfaction d’avoir un compositeur qui compose pour eux et pour l’entièreté de leur personne selon leurs acquis, leur parcours et/ou leur personnalité, etc. », commente Marie-Annick Béliveau.

« L’interprète est un traducteur »

Comme un comédien au metteur en scène, le chanteur propose quelque chose au compositeur. « Pour les créateurs, compositeur et librettiste, l’interprète est un traducteur », affirme cette mezzo-soprano de talent. « Cela exige une forme de loyauté au travail du compositeur. Cette approche prônée par Oper’Actuel laisse beaucoup de place pour l’interprétation, mais aussi beaucoup de place pour l’expérience. On revient aux fondamentaux : une vraie histoire, une écriture, un vrai propos et un compositeur », résume-t-elle. « Une partition, c’est comme une recette : chaque cuisinier a ses essais et ses secrets, dont le public déguste le produit final… », sourit Marie-Annick.

« Pour les interprètes aussi, il s’agit d’une expérience fondamentale dans leur apprentissage comme dans leur carrière », insiste la cantatrice. « On travaille beaucoup sur le répertoire classique, et essayer sa voix, la performer sur des partitions plus “expérimentales” en quelque sorte permet d’en élargir les limites d’un point de vue technique, mais aussi d’un point de vue interprétatif. C’est un enrichissement. »

Tout un menu de découvertes

« Dans le cadre d’un appel international de projets lancé en mai 2018, nous avons reçu entre 25 et 30 projets d’œuvres lyriques, parfois partiellement écrits », précise Marie-Annick Béliveau. « Forts d’une qualité artistique, la diversité des formes d’opéra retenues est importante : grand public, théâtre musical, styles, musique expérimentale, etc., et bien sûr l’aspect interdisciplinaire de l’œuvre ont été des critères déterminants. » Parmi les six tandems « compositeur/librettiste » retenus, le public entendra donc des histoires très variées :

  • La Nuit est ma femme de Mathilde Côté (Québec), sur un livret de Rose Nagar-Tremblay inspiré des textes en deux langues de Jack Kerouac, présentera une musique de chambre à travers une écriture musicale plus personnelle.
  • Appena prima, Appena doppo d’Analía Llugdar (Argentine), sur un livret d’Ana Candida, proposera quelques esquisses d’une œuvre en plein processus d’écriture dans le style expressionniste du sprechgesang (chant parlé) avec trois voix et six instruments.
  • Cantique des oiseaux de Farangis Nurulla-Khoja (Tadjikistan), sur un livret de Leili Anvar, présenté par l’Ensemble de musique contemporaine de l’Université de Montréal dans la trame des grandes fresques du théâtre musical à l’européenne.
  • SLEEP d’Anthony R. Green (É-U), sur un livret de Clio Em, une œuvre de musique actuelle expérimentale où deux femmes et un piano se répondent et parfois s’interprètent mutuellement; deux voix en miroir, transformées par la microtonalité.
  • American Atheist de Stefan Weisman (É-U), sur un livret très écrit et théâtral de David Côté, un extrait typique de l’écriture américaine avec un sujet politique historique autour d’une écriture musicale cohérente et formelle.

Et puis, évidemment, un premier extrait de la prochaine grande production de Chants Libres, L’Orangeraie, une composition de Zad Moultaka sur un livret de Larry Tremblay tiré de son roman éponyme, complétera ce programme de découvertes.

Michel Joanny-Furtin

Samedi 16 mars (20 h) et dimanche 17 mars (16 h)
Amphithéâtre — Le Gesù, 1200, rue de Bleury, Montréal
Infos : 514 861-4378| www.chantslibres.org
ENTRÉE LIBRE

Oper’Actuel – Works In Progress 2019 est réalisé sous la supervision de Marie-Annick Béliveau grâce à la collaboration du Groupe Le Vivier, de l’ensemble de musique contemporaine de l’Université de Montréal (direction Jean-Michaël Lavoie), l’Ensemble MusiquAvenir du Conservatoire de musique de Montréal (direction Véronique Lacroix), le département de musique de l’UQÀM et le Nouvel Ensemble Moderne (direction Lorraine Vaillancourt).